Bon ok, je vais raconter puisqu'il le faut. Non c'est vrai, si ça peut donner envie à quelqu'un, rien qu'une seule personne, de partir en chantier de solidarité alors tant mieux.

Déjà, c'est une expérience incroyable, on développe des compétences inattendues (maçonnerie -oui oui- peinture sur des volets rouillés - oui pourquoi les changer - chorale pour enfants non francophones - où l'on découvre que le mot "gazelle" n'a pas de réalité concrête en Afrique - , peinture pour 150 enfants avec 3 tubes de gouache -oui  ça j'avoue c'est fort comme moment -  et même du foot - encore plus inattendu ça), on combat des préjugés tenaces sur la pauvreté, sur l'Afrique si dangereuse et méconnue, on apprend à vivre en collectivité avec des inconnus...

Bref, on revient, on connaît plein de trucs sur soi, sur les autres, sur l'Afrique, et en plus on a été (un peu) utile.

Surtout, on découvre un truc incroyable : un Africain, même pauvre, c'est un être humain. Waouuu le scoop ! Passée la surprise, on réalise alors que les sentiments que nous on éprouve, c'est tout pareil chez eux ! Sauf qu'ils rient davantage, qu'ils sourient tout le temps et qu'ils sont encore plus enthousiastes que nous autres, pauvres blasés  d'occidentaux. Alors imaginez chez les enfants ! C'est juste trop bien l'animation avec des enfants du Burkina. Ils sont tout le temps contents ! Pas besoin de leur monter un plan karting pour voir l'ébauche d'un sourire, il suffit de leur faire une grimace, et vous en avez quinze qui sont pliés par terre de rire...

Comme les enfants, c'était quand même LA priorité de ce voyage, je vais commencer par eux.

Quand vous vous baladez dans les environs, vous êtes facilement suvis. Pas de problème d'insécurité, c'est juste que les enfants sont curieux : mais où vont ces cinq nassaras (les étrangers). Alors ils suivent, pour savoir. En fait ils ont du mal à comprendre qu'on puisse marcher sans but alors ils sont sûrs qu'ils vont découvrir un truc incroyable, au bout d'une heure, ils se lassent quand même, la randonnée, c'est une activité pour riches oisifs.

Les plus petits, eux, restent au sein des concessions (les maisons toutes en cercle). Ils s'occupent comme ils peuvent à l'instar de ces trois Kirikou qui ont grimpé sur la tombe d'un notable. Ils font un peu office de chiens de garde, à la moindre alerte ils vont courir se réfugier dans le pagne de leurs mères. Sans bruit par contre, c'est rare d'entendre un pleur, encore moins une plainte !

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On parle aussi beaucoup en Occident de distinction des sexes dans les jeux. Autre scoop : ce n'est pas Barbie qui a inventé les jeux pour filles. Au Burkina, la distinction est encore plus marquée, les filles d'un côté, les garçons de l'autre.

Les filles sont devenues expertes dans le jeu des osselets. A défaut d'osselet elles ont le chic pour choisir des petits graviers bien carrés qu'elles lancent d'une main pour les rattraper par deux, trois, quatre voire cinq. Petite variante par rapport à notre jeu des osselets, par moment, avec l'autre main elles peuvent former une sorte de cage en croisant les doigts. L'objectif est alors de passer les graviers par un, deux, trois, quatre dans la cage, comme un but. Honnêtement, c'est dur, il faut vraiment être bien agile !

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Les garçons, quand ils n'ont pas de ballon pour jouer au foot, jouent au morpion (creusé dans le sable) ou à l'awalé, comme celui-là :

DSC00906Autre activité : les grimaces...Celui-là était particulièrement doué franchement : (en plus ils adorent qu'on les prenne en photos puis qu'on leur montre la photo, là, à coup sûr, vous en avez 40 autour de vous en 10 secondes)

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Ne pas oublier non plus l'activité numéro 1 de l'enfant en Afrique : l'observation. Comme il apprend en observant, il est constamment attentif à tous nos gestes. On s'habitue rapidement à être épié, et même pris en flagrant délit d'espionnage, l'enfant fait ce qu'il fait tout le temps : il sourit. Bah oui, parce qu'il est beau, naturellement.

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Soyons sérieux un peu, les enfants adorent aussi dessiner, courir, grimper dans les arbres, nous ramener du karité, poursuivre les poules...et aider les adultes. Parce que là-bas, c'est un devoir d'aider son aîné, en échange, l'aîné le protège. Il faut voir les petits de huit ans porter sur leur dos le petit frère de 2 ans, en prendre soin comme si c'était son enfant. Donc forcément, on avait toujours avec nous une armada de petites mains qui constamment demandaient à nous aider. Au début, on hésitait, c'est vrai. Faire porter un bidon de 5L à un enfant de 10 ans, ce n'est pas forcément bien vu en France. Limite on appelle la protection de l'enfant. Peu à peu, on s'est lâché. A la fin, la chaise dont on avait besoin, qui se trouvait à 500m, on demandait à un enfant de nous l'apporter. Surtout à Denis :

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Oui mais parce que Denis, c'est le meilleur de toutes façons...Faut toujours des préférés non ?

Moins drôle mais nécessaire pour compléter le tableau de l'enfance au Burkina : l'enfant doit aussi s'acquiter des travaux des champs : (et toujours avec le sourire, merci Iliassou)

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Quant au rythme de l'enfant, il serait vu comme bien difficile par nous autres. Levé avec le soleil, couché juste avant minuit -après que les filles aient dansé comme des folles au rythme des bidons frappés - il n'a pas beaucoup à manger à part le karité qu'il ramasse sur l'arbre ou par terre, et le tô du soir (sorte de polenta à base de céréale comme du mil, du maïs ou du sorgho). Il court en permanence (essayez de faire la course avec un petit de 6 ans, il vous dépasse en 2 mètres, ce sont des flèches), saute, rit, et parfois, oui, parfois, il va à l'école où il apprend à lire, à écrire, à compter en CP, CE, CM, comme en France, en espérant pouvoir réussir son certificat d'études qui le mènera au collège de la ville du coin...