Quelles sont les vacances idéales pour quelqu'un qui travaille toute la journée au milieu de livres ? Avoir le temps de les lire !

Un hamac, du soleil, une piscine à côté pour se rafraichir de temps en temps avec les 30°C qui nous enrobe de 8 heures à 20 heures chaque jour.Voici à peu de choses près ce que je vais faire durant cette semaine de vacances (et quelques randonnées, et quelques plages, et quelques visites à mes endroits préférés sur l'île, Cap Méchant et l'Est en tête bien sûr)...

Première découverte : l'affaire de l'esclave Furçy.

Après quelques essais peu convaincants de littérature réunionnaise, j'avais quitté la Réunion pour Maurice ou l'Afrique du Sud dont les auteurs sont bien plus convaincants. Une amie m'a parlé de ce livre sur un esclave relativement inconnu qu'un journaliste a voulu faire ressortir de l'oubli.

furcy

Ce livre, plutôt bien écrit et agréable à la lecture, retrace une double histoire. Celle bien sûr de Furçy, esclave au temps de l'île Bourbon, qui a lutté pour faire reconnaitre sa liberté. La deuxième histoire est celle de l'auteur, Mohammed Aïssaoui qui s'est pris de passion pour le combat de Furcy. Il s'est alors rendu sur l'île à la recherche de documents aux archives, à la découverte des lieux que Furçy a pu habiter, parcourir. Journaliste et non historien, il a travaillé sur des dossiers d'archives juridiques, historiques ou personnelles évoquant des extraits de correspondance de cet esclave hors du commun. Mohammed Aïssaoui parvient à nous faire suivre ses propres recherches en montrant à quel point elles évoquent pour lui un trajet personnel et intime à travers la vie de Furçy.

Et c'est là qu'on comprend à quel point l'esclavage sur l'île Bourbon a été une réalité sombre de l'histoire de l'île. Peut-être moins sanglante que l'histoire de l'esclavage aux Antilles mais aussi violente. Les esclaves marrons, ceux qui tentaient de fuir, étaient mutilés voire tués à l'issue de la troisième tentative de fuite. Mais la violence prend également une autre forme dans la négation d'identité de ces personnes. Les esclaves étaient, comme Furçy, comme sa mère, condamnés à rester toute leur vie dans l'ombre d'une famille, privés d"un nom, d'une identité propre, d'une histoire. Furçy est l'un d'eux, il n'a pas de nom de famille, il n'a pas d'acte de naissance. Et pourtant, quand sa mère malabar meurt, elle lègue à sa fille libre (un frère et une soeur pouvaient être esclave et libre), des papiers qu'elle ne savait pas lire, elle qui était analphabète, mais qui pourraient faire de Furçy un homme né libre.

C'est là que commence une bataille légale qui durera 23 ans opposant Furçy, aidé de rares hommes de loi, à Lory son maître, soutenu par tous les colons puissants de l'île. Car l'esclavage est à la base même de l'économie de Bourbon et c'est de cette organisation sociale dont dépend la richessse des notables qui peuplent le nom des rues actuelles de Saint Denis.

Sans nous faire un cours d'histoire, Mohammed Aïssaoui, qui prend d'ailleurs des libertés face à la réalité historique, parvient à nous plonger dans sa découverte d'une époque et d'un combat. On comprend alors à quel point les valeurs d'une époque conditionne ce qui est juste et ne l'est pas.