Depuis un moment, je cherchais un coiffeur sur Saint Denis. Soit on s'oriente vers les centres commerciaux où la plupart du temps, les coiffeurs à la chaîne coiffent sous une enseigne, de chaine...Soit on va dans des chaînes type Jean Louis D. et compagnie pour payer une coupe de cheveux plus cher qu'une sortie plongée...

Sauf que le sable, le sel, le soleil, c'est trop dur pour les cheveux (trop dure la vie non ? ) et il devenait urgent de trouver une adresse parce que le voisin qui m'avait testé une coupe à la Rihanna, ça suffisait pour de bon ! On m'avait conseillé un très bon nom, Valentin, mais ça faisait loin le quartier de la Providence à pied depuis chez moi...

Du coup, quand on m'a conseillé Patrick, je me suis dit : allons y , en plus c'est Rue Sainte Marie, en centre ville, facile accessible, et sûrement sympa ! On a au téléphone le fameux Patoche qui ne répond qu'à son 06 92, pas de fixe pour ce coiffeur hors norme. Ses indications sont plus que bizarres : une petite case en renfoncement de la rue Sainte Marie, entre un brocanteur et je ne sais trop quoi, si si, il faut insister et entrer !!

Hum, dubitative tout de même, je m'attend à trouver un coiffeur qui commence (seulement installé depuis deux ans), et me voilà à courir pour rattraper mon retard, pensant être la seule et unique cliente de ce pauvre Patrick qui semble dépourvu de fixe et de locaux salubres...

La rue Sainte Marie, pour situer, c'est une des rues perpendiculaires à la rue de Paris (pas très difficile, toutes les rues étant en angle droit, merci les architectes des colonies), la rue chicos des temps jadis; donc Rue Sainte Marie, on se trouve à la périphérie des bourgeois mais on est encore dans le vieux Saint denis, belles petites cases beaucoup plus modestes mais non dénuées de charme, petites échoppes en bois...enfin assez belle rue tout de même. ça aurait dû me mettre la puce à l'oreille : qui peut payer un loyer rue Sainte Marie, à l'angle de la rue Juliette Dodu (autre rue très connue de st Denis) ?

Et bien, Patrick can ! Et pour cause, ce coiffeur s'est installé depuis deux ans car c'est un pur parisien qui se vante d'avoir coiffé les grandes dames de Neuilly et de Paris. En entrant, on ne sait pas si on est chez un coiffeur ou bien son voisin brocanteur. Un stagiaire  me propose de suite une tasse de thé, porcelaine de mise pour me reposer sur un beau divan de ce genre :

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Bon ma toilette, ce n'était pas ça, mais durant une heure (et oui, Patrick est très très pris finalement), je bouquine la haute littérature des magazines féminins, à savoir "Causette" et les plus traditionnels "Be", "Grazia" mais pas de Elle...Ici on fait dans l'original car Patoche sait quelle clientèle viser...

Une première dame, parisienne, de rive gauche of course, se fait rafraichir sa coiffure avant de prendre l'avion le lendemain pour la capitale. Mais promis elle reviendra voir Patoche à qui elle fait une bise bien mouillée, sûrement l'émotion d'avoir vu disparaître son dernier cheveu derrière une couleur hors de prix;

Un vieux beau s'est fait lisser les trois cheveux qui survivent encore sur son caillou; manque de bol, Patoche et son sèche cheveu vont s'acharner à lui arracher une petite dernière bouclette...Mais monsieur referme sa veste dignement pour s'éclipser...

Quant au défilé permanent de non clients, il constitue un divertissement agréable, entre la fille qui revient du collège d'en face (ah, Patoche est divorcé ? Mais il n'est point .... ? ), les damoiselles qui papillonnent dans la maison et surtout, surtout les fournisseurs; un vrai régal.

D'abord, il ya eu Tom. Ah Tom ! Appelé à la rescousse après le terrible drame nocturne d'un pigeon égaré dans le salon. Le coquin a dévasté l'Oeuvre de Tom, à savoir, un mur végétal, plus hype, on meurt :

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Il manque sur celui-là le petit bocal de poissons rouges. Mais bon, Tom s'est tellement agité pour réparer le drame, deux heures durant, le voilà à planter des minis plantes sur un mur qui dépare avec les jolis tissus divers qui parsèment le mur.

Mais, oh voilà mon tour; Patoche se tourne vers ma chevelure, le verdict est sans appel : je suis slave, et il me faut réveiller ce blond terne lié sans doute à l'hiver mais peu importe, Patoche est radical : des mèches, oh oui des mèches ! Quoi ? euh , ok je fais confiance, après tout... Vingt minutes plus tard, me voilà avec un sac en plastique sur la tête. Le ridicule ne tue pas, les coiffeurs le savent. Puis enfin, vingt interminables minutes plus tard, on consent à m'enlever ce sac bleu car mes mèches sont sèches...Et on me demande de m'allonger pour un shampoing ! Le principe est celui d'un siège de dentiste, sans la lumière qui éclate les yeux, ni la fraise qui fait du bruit. Mais bon, trois shampoings plus tard, je ne comprend toujours pas l'intérêt d'être allongée alors que le défilé continuel dans le salon ne cesse pas...

Voilà donc un fournisseur, un nouveau. Aucune idée de ce qu'il fournit, des gants en latex en passant par les boitiers à lunettes, il propose tout et pour cause : monsieur est vicomte. Oui. un noble de Bordeaux qui se met à débiter ses réflexions sur la vieille noblesse pour persuader la comparse de Patoche de l'accompagner au resto. Las, il s'en va. Et Voilà Patoche, fier au summum de mes mèches, qui me demande si ses fournisseurs m'ont fait des avances. Ah ? c'est pour ça qu'il se nomme salon de charme ?

Et me voilà avec enfin ma coiffure finie. trois heures que je suis chez Patoche, c'est sûr, j'ai eu le temps d'observer. Tout. Sauf le prix marqué sur un tableau noir à la craie blanche; noir sur blanc, j'aurais dû comprendre. Comprendre que peu importe que Patoche m'est révélé "mon vrai moi", me donnant "un blond américain, de surfeuse, de nicole Kidman (qui est rousse au fait, et australienne, pas américaine)" , montrant ma personnalité à tous (au bout de mes racines ? ), maintenant c'est l'heure de payer.

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Effectivement, Patoche a gagné en me faisant ce blond plus clair encore que le mien...Me voilà blonde à dépenser des folies qui expliquent alors pourquoi on est mieux payé à la Réunion, pourquoi le coût de la vie est si cher. Profitant de notre incapacité capillaire pour piller notre compte en banque, nous persuadant que notre nouveau blond va faire de nous les maîtres du monde. Aucun banquier n'est sensible à une couleur...Enfin au moins, si je rentabilise ma matinée chez Patoche : en trois heures, j'ai bu du très bon thé, lu 4 magazines de bout en bout (1 magazine à la Réunion : 5 euros : gagné : 20 euros), rencontré un comte une parisienne pur souche, visité l'antre d'un brocanteur, me suis allongé sur une pièce de musée, et j'oubliais le must : Chez Patrick, c'est chic !