Pour continuer sur les petites bêtes...et mes ennemis du moment, les cafards, voici une découverte qui vaut le coup d'oeil. Pas besoin d'être entomologiste pour apprécier l'estampe signée Antoine Roussin ci-dessous :

Sans titre

Mais le texte qui accompagne ce dessin, signé P. De Monforand est tout aussi appréciable.

En voici un passage :

"Le Cancrelas ou Kakerlaque est un gros insecte dont la longueur dépasse souvent quatre centimètres. Son corps est applati et de couleur brune : sa tournure n'a rien de cette élégance qu'on trouve chez plusieurs de ses congénères. Pour terminer son portrait, il a deux élytres un peu moins dures que celles du hanneton et recouvrant deux ailes membraneuses d'un blanc roussâtre.

C'est un vilain animal, au moral comme au physique. Il s'introduit partout, salit tout de ses ordures, et n'épargne ni le linge ni les habits : on peut l'accuser de gloutonnerie, mais je me ferais scrupule de le traiter de gourmand, car tout lui est également bon. Son appétit n'assigne aucune différence dans les mets : il dévore sans distinction les soulieurs, les viandes fraiches ou désséchées, voire corrompues, les livres, le bois ; dans les peintures, il ronge le vernis ou la toile sans préférence, et il suffit qu'une couleur soit gommeuse, pour que le Cancrelas en fasse son régal ; les confitures ne lui sont pas indifférentes, cela va sans dire.

Dans les soirées ou les nuits orageuses, ces bêtes répugnantes semblent être possédées par un besoin irrésistible de locomotion. Elles envahissent les appartements, s'accrochent aux murs, courent sur les planchers, volent à travers la chambre, se heurtent lourdement aux vitres, escaladent les tables, tombent tout-à-coup sur votre assiette. Elles ne respectent même pas la chose la plus digne de respect : le sommeil du travailleur fatigué. Elles grimpent sur son lit, se promènent sur son visage, sur ses mains, sur toutes les parties découvertes de son corps. Je me suis bien des fois éveillé en sursaut, vigoureusement pincé par un cancrelas qui s'enfuyait comme une ombre à mon premier mouvement, en répandant après lui une odeur infecte.

Ma seule vengeance était de trouver, le matin, un certain nombre de es complices noyés dans mon verre d'eau sucrée, car ils ont un faible pour les liqueurs douces."

P. De Monforand parle ensuite des "moeurs de ces bêbêtes, puis enfin, en vient à son ennemi mortel : la mouche cantharide, autrement dit : elle

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Source: Externe

Bon allez, P. De Monforand s'excite en visualisant la scène façon western :"son gibier de prédilection c'est le cancrelas ; après avoir rôdé de différents côtés, soit en volant, soit en marchant, comme une honnête personne qui éprouve le besoin de prendre l'air, la cantharide aperçoit-elle un cancrelas, elle s'arrête un instant en face de lui, les regards se fixent ; un frémissement muet secoue les deux adversaires ; la provocation est échangée."