Enfin, j'ai réussi à trouver un livre réunionnais à la hauteur de leurs cousins mauriciens.

Un livre tout plein de poésie ,de jolis mots et d'expressions créoles dans le bon sens du terme : pas de phrases toutes faites pleines de clichés attendus, on entend l'accent jaillir des dialogues et les comparaisons utilisées sentent bon la Réunion sans pour autant en faire des tonnes...(n'est ce pas

Sa sent la banane (Jaqueline Farreyrol)

Dans "Comme un vol de papang'", Monique Agénor (connue surtout pour son roman Bé-Maho), met en scène le quartier de la Rivière Saint Denis, qui est complètement absent, on s'en doute, des "circuits touristiques", et qui de toutes façons, a bien changé depuis l'époque de l'histoire, les années 60.

Pour s'imprégner un peu de l'ambiance, quelques photos d'une balade faite il y a quelques temps...

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Seul ce temple pourrait éventuellement être celui où se rend Tangol, le malbar de l'histoire...sinon aujourd'hui, le quartier c'est plutôt immeubles en rangées !

Le quartier de la Rivière St Denis a toujours été plus populaire que guindé, même si on est proche de la rue de Paris mais dans ce roman, il aurait accueilli la Reine malgache Manzaka lors de son exil, et surtout Fanza, sa favorite, sa confidente, son amie et dame respectée bien qu'esclave affranchie.

Fanza, c'est la grand-mère d'Herminia, la conteuse du quartier qui ravit les esprits des marmailles avec ses histoires et ses contes, qui travaille sa langue pour garder la mémoire des légendes créoles ou malgaches. Mais Herminia est très triste : on lui a volé l'histoire de sa grand-mère, on l'a travestie et publiée, pleine de mensonges, celui qui a fait ça, ce rapace, ce papangue, a fait bien plus que voler des mots : il a volé l'âme-même d'Herminia.

Tout le quartier s'anime, Tangol va voir le prêtre malbar pour punir ces voleurs, on fait appel à un sikideur comorien, et surtout, tous les soirs, on vient écouter de la bouche d'Herminia, la vraie histoire de sa grand-mère qui est aussi celle de la vraie histoire de Madagascar à l'aube de la colonisation française.

Un chapitre au temps d'Herminia, à la Réunion, un autre au temps de Fanza, à Madagascar pendant la prise de pouvoir des français sur l'île Rouge pour "civiliser" ce peuple malgache trop versé dans les mythes et la magie au goût de Gallieni et de ses militaires. Les deux voix n'en formentt finalement qu'une car les légendes semblent éternelles, ou doivent le rester...Monique Agénor met en scène des dialogues savoureux où se mêlent expressions créoles et malgaches dans une poésie chantante. Quant à Madagascar, si le pays n'est qu'une "colonie de plus" pour l'empire français, elle parvient à en dresser le portrait d'un peuple fier, fort, emprunt d'une culture qui ne peut que fasciner, si on accepte d'écouter l'Autre, d'écouter la voix d'Herminia...

Un roman à découvrir pour rêver et voyager...