Roger Smith est un écrivain né à Johannesburg présenté comme la révélation du polar sud-africain. Comme on ne présente plus Deon Meyer comme une révélation (à force, c'est devenu un poids lourd...), pourquoi ne pas commencer un nouveau style qui nous ramène au Cap...

9782702144251-G

Le piège de Vernon se déroule au coeur des différences du pays arc-en-ciel : entre les ghettos (Les Flats) et les quartiers chics, entre les métis, les noirs et les blancs, les riches, les pauvres, les parvenus, les désespérés, les déjà "trop tard pour vivre"...Un point commun à ce petit monde : la violence y est quotidienne, elle prend des formes variées mais elle est toujours sous-jacente.

Ce roman (qui n'est pas à proprement parler un polar même si les cadavres s'accumulent) met en scène Vernon Saul, métis au passé douloureux, au présent difficile et à l'avenir encore plus sombre. Violé dans son enfance par son père, il est devenu flic avant d'être renvoyé après une fusillade qui a mis fin à ses petits traffics. Impuissant, il ne rêve que de contrôler les autres et voit une occasion se profiler alors qu'il est témoin de la noyade de Sunny, fille de riches étrangers blancs. Jouant à Dieu, il n'intervient que lorsque la fille est déjà morte, faisant semblant de la réanimer devant des parents effondrés car coupables de négligence (le père fumait de l'herbe, et la mère était avec son amant).

Vernon, qui a tout vu, décide que son heure est arrivée. L'heure où il pourra exploiter la culpabilité du père, faire jouer ses relations basées sur la peur et les menaces pour asseoir un sentiment de toute puissance dont il a toujours rêvé. Déployant ses ficelles de violence, Vernon met en place ses marionnettes, Nick le père en deuil et Dawn, la stripteaseuse ex droguée qui se bat pour garder sa fille. Il tue, il blesse, agissant comme un sociopathe qui prend enfin sa vengeance sur un monde cruel.

Mais le piège que tisse Vernon peut très bien se retourner contre lui car l'instinct de survie est aussi le corrélaire de cette violence, et page après page, on souhaite que ce piège se referme sur son concepteur, on avance la lecture malgré les horreurs qui s'accumulent pour arriver à une fin à l'image de cette société sud-africaine : pleine de constraste...