Source: Externe

La couverture m'a attiré plusieurs fois, c'est le titre qui me tentait moins. Des histoires de violence conjugale, malheureusement, il y en a beaucoup, et des victimes encore plus.

Pourtant, on ne voit pas souvent un livre de et sur Mayotte, et encore moins sur un sujet lié à l'intimité d'un couple sur ce dernier département d'outre mer, si particulier et très ancré dans une culture musulmane.

Mais dans nos cultures occidentales aussi, parler des violences conjugales est souvent tabou. On dit qu'il faut plus de huit tentatives de fuite en moyenne pour qu'une femme réussisse enfin à quitter son bourreau. Bien souvent il n'y a pas de plainte qui aboutisse sans mise en danger de la vie de la victime. On dit aussi que les processus qui se jouent dans cette relation de victime à bourreau sont complexes, qu'ils mêlent l'amour et la haine sans parvenir à faire triompher totalement l'un sur l'autre.

On dit beaucoup de choses enfin sur ces violences qui n'épargnent aucune société, mais peu de choses sont dites avec autant de poésie que dans ce livre écrit par un comorien sur son île où la violence faite aux femmes semble plus ou moins admise car commune, du moins, c'est ce qu'on pourrait croire un peu vite. Sauf que derrière la violence conjugale, il n'y a pas de fatalité et c'est le sens de ce livre qui présente le combat d'une femme amoureuse de son mari qui refuse de croire qu'il peut être un monstre lorsqu'il a bu, lorsqu'ils sont loin de sa famille. La réalité la rattrape pourtant peu à peu mais loin des clichés habituels, on voit que c'est toute la société comorienne et mahoraise, qui refuse de considérer comme normaux ces comportements qui sont contre les valeurs traditionnelles. Rythmée par les nombreux proverbes de la grand-mère de l'héroïne, la vérité parvient peu à peu à faire lumière, inutile de craindre les ragots et les médisances quand il s'agit de violence. Il faut parler, et montrer au grand jour la réalité pour que la société puisse aider la femme victime.

Loin des clichés donc, on entrevoit une société comorienne très croyante, qui mêle aux principes de l'islam des croyances anciennes avec notamment ce personnage de sorcier qui va aider l'héroïne à prendre courage. Une société fondée sur les femmes, les mères, les soeurs, les filles, et ce magnifique personnage de grand-mère qui conseille, qui agit, qui prend soin des autres. On pourrait alors se demander que sont les hommes dans tout ça ? Sont-ils seulement des bourreaux ? Heureusement, en guise d'espoir, on entrevoit l'image d'un couple soudé qui vit aux côtés de l'héroïne, un couple où chacun a trouvé dans le respect de l'autre une manière de vivre.

Un livre tout en douceur finalement, malgré le sujet grâce à la poésie qui se dégage des mots de l'auteur.