Cela faisait déjà plus d'une semaine qu'on était en Afrique du Sud et on cherchait toujours sur quel continent on avait posé nos pieds. Etait-ce l'Amérique, l'Europe ? Pas beaucoup d'Afrique jusqu'à présent et pour cause (historique), les noirs ont été "poliment" poussés à s'installer dans des états à part (l'apartheid verra le jour plus tard sous le prétexte de protéger les noirs aussi bien que les blancs), laissant majoritairement aux Blancs toutes les régions qu'on a traversées pour le moment - majoritairement mais pas totalement parce que la nénène est toujours noire. Pour faire la popote, là ça posait plus de problème de couleur de peau...

Bref, passée la frontière imaginaire de ces contrées blanches, on s'est peu à peu enfoncé vers l'Afrique, enfin ! 

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Le point négatif, il faut quand même le préciser, c'est qu'on ne trouve plus grand chose sur la route dont la qualité se dégrade à mesure que sa largeur diminue. Pas de panique non plus, on retrouve juste des routes comme en France et on réduit sa vitesse. Mais les villes se font de plus en rares, les points sur la carte aussi et mieux vaut vraiment avoir de l'essence dans le réservoir car les stations essence ne sont pas légion. On s'arrête donc à Pleenie - petit point sur la carte donc le nom peut changer - pour faire la queue à une station remplie non plus d'Audi, de Mercedès ou de sublimes voitures mais uniquement de gros pick-up bien boueux ou de mini van (sorte de taxi brousse où les noirs, uniquement, s'entassent). 

Là, oui, c'est vraiment l'Afrique même si Total vous accueille toujours en français ("bonjour, bienvenue chez Total" en lettres blanches sur fond rouge). La langue parlée majoritairement n'est plus l'anglais mais cette langue étonnante qu'est le xhosa, qui mélange à des sons habituels des sortes de claquements de langue sur le palais. Entre deux mots, ça fait bizarre mais on s'habitue et de toutes façons, on n'y comprend rien ! Le changement est tout de même de taille avec les régions du Cap, on a l'impression d'avoir passé une frontière. On prend une auto-stoppeuse qui nous croyait sud africain et nous conseille, vu qu'on n'est pas locaux, de ne plus en prendre aucun. C'est la gérante de la station service, elle rentre chez elle, à Port Elizabeth je crois, et a 4 enfants qui vont tous à l'université, l'éducation c'est important, elle nous montre leur photo sur son Blackberry. Ne pas donc se fier aux allures d'une femme qui fait du stop non pas par faute de moyen mais parce qu'elle n'a pas le permis. Ce pays reste surprenant, et riche par moment. Toute une classe moyenne noire est née des suites de l'apartheid et même si il faudra sûrement plusieurs générations pour que les différences économiques entre Blancs et Noirs s'estompent, ça a commencé. Elle nous fait un peu peur quand même avec Port St John, notre destination de la journée et nous quitte pleine de conseils de prudence. 

De toutes façons, face à ce genre de panneau, on ne peut qu'être prudent et la route est longue ! 

 

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On trouve quelques difficultés à manger sur la route. Outre l'invasion totalement incompréhensible des KFC infects, on ne trouve rien. On s'arrête dans une bourgade (elle apparaissait assez grosse selon la carte), les rues sont noires (de monde et de peau), pas un Blanc à l'horizon et vu comme on nous regarde, ça ne doit pas passer tous les jours. Et encore une fois, avec tous ces conseils de prudence qu'on voit partout, on n'est pas forcément rassuré face à ce monde si différent du Cap si lisse. Pourtant, ce n'est pas parce qu'ils sont habillés de bric et de broc et qu'ils sont noirs, qu'ils vont vous sauter dessus et vous dépouiller ! On ne séternise pas quand même, parce que KFC c'est vraiment mauvais et qu'il nous reste pas mal de route. Sur la fin d'ailleurs, les nids de poule se sont transformés en nid d'autruche et la pluie nous a rejoint. Attention à la boue ! Et nous voilà à Port Saint John, village de bord de mer situé à l'estuaire de plusieurs rivières. L'eau est trouble, l'eau douce se mélange à l'eau salée, c'est un nid à requin et à crocodile. Pas de baignade mais une jolie vue et une jolie plage : 

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On ne reviendra pas en détail sur le repère de hippie qui nous a servi de chambre durant cette nuit. L'accueil a été plutôt déroutant : des blanches déguisées en femme xhosa (la tenue et le maquillage d'argile rouge sur le visage) ont sciemment évité nos questions nous laissant entre les mains d'un sosie d'allemand nazi par ailleurs très sympathique avec sa tenue short/chemise kakie. Quant à l'arrivée agitée d'un groupe de français "en tournée" qui ont hurlé toute la nuit pour apprendre à leurs potes de tournée que "boobs" c'était "mamelles", on s'en serait passé !