Un très beau roman mauricien d'Alain Gordon-Gentil : Quartiers de Pamplemousses

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La littérature mauricienne, c'est très beau, très bien écrit, mais c'est d'un tragique ! A vous donner froid dans le dos même en plein été...

Et voilà ce petit roman (150 pages) qui se compose de quelques chapitres-nouvelles, qui relate avec beaucoup d'humour et de sensibilité des souvenirs d'enfance à Maurice dans les année 60-70. Se dévoile alors une autre île Maurice, dans une famille pas forcément riche mais qui ne connaît pas non plus la triste misère.

La vie d'un enfant est rythmée par les visites familiales, les dimanches, les vacances à la plage ou encore les discussions politiques entre adultes autour de l'indépendance à venir de Maurice.

La plume d'Alain Gordon-Gentil est un vrai bijou d'humour. Petit aperçu lors d'une séance de cinéma p. 55

"quand j'ai vu pour la première fois Charlton Heston, le Moïse du film les dix commandements, il n'avait pas de tête.  Un peu à cause de Jean-Luc Godard.

Au cinéma Rex, si un film ne plaisait pas, les spectateurs lançaient des projectiles sur l'écran pour manifester leur désapprobation. Comble de malchance, le film de Cecil B. De Mille avait été précédé, la veille, par un film dont on disait qu'il ne comportait aucun "la guerre", c'est à dire aucune scène d'action. Le film de ce M. Godard, que le public n'avait pas apprécié, s'était terminé par des lancers de bouteilles vides qui avaient lacéré l'écran en plusieurs endroits.

Et c'est précisément dans l'un de ces trous que s'était réfugiée la tête de Moïse dont nous attendions tous l'entrée en scène avec impatience".

un autre extrait sur le salon de coiffure de Gros lipié p. 34 :

"Salon des plus modestes.

Des feuilles de tôle ondulée récupérées sur les chantiers de démolition et clouées sur des rondins d'eucalyptus servant à la fois de colonnes et de poutres transversales. Un parquet caca vache -de la bouse de vache séchée - d'un marron sombre qui ne parvenait pas à égayer l'atmosphère du salon qui faisait trois mètres sur trois.

Notre homme n'avait pas vu grand.

Chez lui, pas de catalogue de coiffure. Deux possibilités s'offraient à sa clientèle : la coupe "bol" ou la coupe "brosse coco"."